Homélie le samedi de la deuxième semaine du Carême



Frères, en prenant pour point de départ le psaume 94, l’auteur de l’Epître aux Hébreux montre que seuls les croyants et les obéissants entreront dans le repos de Dieu. Le psaume lui-même se réfère à la révolte d’une partie du peuple d’Israël contre Dieu pendant la pérégrination de quarante ans, dans le désert après la sortie d’Egypte ; cet épisode est décrit dans le chapitre 14 du livre des Nombres. Voici ce qui est dit dans ce psaume, qui du reste est un des plus cités dans la liturgie chrétienne : « Aujourd’hui, si vous entendez sa voix [de Dieu], n’endurcissez pas vos cœurs, comme cela s’est produit dans la Querelle, au jour de la Tentation, dans le désert » (Ps 94, 7-8).

Nous venons d’entendre un extrait de la fascinante leçon de l’Epître aux Hébreux sur la capacité de la foi à nous introduire dans le repos de Dieu, leçon fondée sur l’opposition entre les révoltés du désert et les croyants chrétiens. Pour ces révoltés, la parole de Dieu « ne servit de rien, parce qu’ils ne restèrent pas en communion par la foi avec ceux qui écoutèrent » ; à leur sujet Dieu dit : « Non, ils n’entreront pas dans mon repos » (Ps 94, 11). En revanche, les croyants, eux, entrent dans le repos de Dieu par la foi et la confiance en la promesse de Dieu. C’est ce qu’il faut retenir aujourd’hui, chers frères et sœurs : ce qui nous fait entrer dans le repos de Dieu, ce sont notre foi et notre confiance en Dieu. L’apôtre nous exhorte à nous encourager et à nous entraider pour garder ces deux vertus salutaires qui nous permettront d’entrer dans le repos du Royaume des Cieux : « Prenez garde, frères, qu’il n’y ait peut-être en quelqu’un d’entre vous un cœur mauvais, assez incrédule pour se détacher du Dieu vivant. Mais encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet aujourd’hui, afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché ». Je vous en supplie, frères, prenez les paroles de l’apôtre avec tout le sérieux qu’elles méritent : encouragez-vous mutuellement chaque jour, aidez-vous les uns les autres à persévérer dans la foi et la confiance en Dieu, malgré toutes les épreuves et les tentations. Moi-même, je voudrais tellement que mes homélies servent aussi à cela : à vous encourager dans votre foi aux promesses du Seigneur. Seuls, nous sommes faibles, mais ensemble nous pouvons avancer d’une façon sûre vers le havre de notre repos, vers le Royaume promis par Jésus. Ce qui nous y conduit, c’est la foi dont l’Evangile de ce jour fait également l’éloge.

« Si tu veux, tu peux me purifier » (Mc 1, 40), dit ce bienheureux lépreux au Christ. C’est cette foi qu’il nous faut, chers frères, la conviction inébranlable que Dieu est capable, s’il le veut, de nous guérir de tous nos maux et de nous purifier de tous nos péchés. Il nous faut aussi l’audace salutaire qui va de pair avec cette foi dans la puissance miséricordieuse du Seigneur Jésus. Dites-lui : « Seigneur, si tu veux, tu peux me purifier » ; c’est certain, il vous exaucera. Dites-lui : « Seigneur, je sais combien je suis mauvais, mais je sais aussi que, si tu veux, tu peux me purifier, me sauver et me rendre saint » ; il vous écoutera, c’est sûr, et il vous purifiera à la mesure de votre foi. Si elle est totale, vous serez purifiés totalement. Si votre foi est parfaite, vous serez rendus parfaits ; vous deviendrez de vrais saints, si vous avez la vraie foi. Alors, n’endurcissez pas vos cœurs, ne vous révoltez pas contre l’ordre de Dieu qui a souhaité que nous participions à notre propre salut par la foi, la confiance dans sa miséricorde.

Je voudrais vous raconter un épisode bouleversant de la vie de saint Maxime le Confesseur qui est lié à ce que je viens de vous dire. Après avoir été humilié, jugé, maltraité et condamné à Constantinople, Maxime devait prendre un bateau pour aller en exil, très loin, aux frontières de l’Empire. C’était un homme extraordinaire qui ne manquait pas une seule occasion de prêcher le Christ et d’exhorter les fidèles chrétiens. Eh bien, quand il quittait Constantinople pour aller en exil, en embarquant sur le bateau, avec son disciple Anastase, il s’est adressé au peuple chrétien de la capitale avec une ultime exhortation, consignée dans les actes de son procès. « Nus, affamés, mais gardant l’espérance en Dieu », ils criaient au peuple rassemblé : « Priez le Seigneur pour qu’il mène à terme son œuvre de miséricorde au moyen de notre humilité et qu’il nous instruise, au titre de ceux qui, naviguant avec lui, subissent l’épreuve de la mer déchainée, quand la barque est ballotée par les vents et les flots, sans être cependant submergée. En effet, le Seigneur permet qu’ils subissent l’épreuve d’une grande tempête, éprouvant leur disposition intime envers lui de telle sorte qu’ils crient d’une grande voix : ‘Seigneur, sauve-nous, nous périssons’ (Mt 8, 25). Ils ont appris à attribuer au seul Seigneur ce qui concerne leur salut : ils n’ont plus mis leur confiance en eux-mêmes et ils ont trouvé une grande paix, le vent et les vagues s’étant apaisés ».

Vous cherchez la paix ? Vous la trouverez quand vous apprendrez à attribuer au seul Seigneur ce qui concerne votre salut. Vous la trouverez quand vous cesserez de mettre votre confiance en vous-mêmes et que vous demanderez au Christ, avec foi : « Seigneur, si tu veux, tu peux nous purifier ».

Homélie le samedi de la deuxième semaine du Carême

Samedi 10 Mars 2012
Alexandre Siniakov